Comment rédiger une lettre d’intention pour son manuscrit ?
La lettre d’intention — ou lettre d’accompagnement — c’est souvent le premier texte qu’un éditeur lit avant même d’ouvrir ton manuscrit. En quelques lignes, elle doit lui donner envie de continuer. Pas le convaincre d’accepter ton roman, juste lui donner envie de lire la suite.
C’est court. C’est dense. Et ça se travaille autant que n’importe quelle scène de ton roman.
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À quoi sert vraiment la lettre d’intention ?

La lettre d’intention remplit trois fonctions simultanément.
Elle présente ton roman : qui sont les personnages, quel est l’enjeu central, dans quel univers on entre, quel est le ton. En quelques phrases, l’éditeur doit avoir une image claire de ce qu’il s’apprête à lire.
Elle montre que tu as fait ton travail : en mentionnant la maison par son nom, en faisant le lien entre ton roman et son catalogue, tu proues que tu n’envoies pas ta lettre à tout le monde en même temps. Ça compte beaucoup plus qu’on ne le croit.
Elle donne une idée de qui tu es en tant qu’auteur : ton rapport à l’écriture, ton parcours si tu en as un, ce qui t’a amené à écrire ce roman-là. Pas un CV, juste ce qui est pertinent.
La structure d’une lettre d’intention efficace
Le premier paragraphe : accrocher et présenter
Commence par présenter ton roman de façon claire et directe : titre, genre, nombre de mots approximatif, et une ou deux phrases qui donnent l’essentiel de l’histoire. Pas un teaser, pas une énigme — une présentation.
Exemple de ce qu’on cherche (à reformuler avec ton propre roman) : un personnage, un enjeu, une tension centrale. En deux phrases, on doit savoir dans quel monde on entre et pourquoi ça compte.
Le deuxième paragraphe : développer sans tout raconter
Tu peux développer un peu plus l’univers, le contexte, les thèmes principaux — ce qui fait l’originalité de ton roman par rapport à d’autres dans le même genre. Pas de résumé détaillé (c’est le rôle du synopsis), mais les éléments qui donnent envie d’en savoir plus.
Le troisième paragraphe : toi, et pourquoi cette maison
Présente-toi brièvement : qui tu es, tes éventuelles publications, ce qui t’a amené à écrire ce roman. Et surtout — explique pourquoi tu soumets à cette maison en particulier. Pas une flatterie générique (“votre catalogue est magnifique”), mais un lien précis : une collection, un auteur que tu as lu chez eux, une ligne éditoriale qui correspond à ton univers.
La clôture : simple et professionnelle
Une phrase de conclusion sobre, une formule de politesse, c’est tout. Pas besoin d’en faire des tonnes.
Les erreurs à éviter absolument

La lettre trop longue. Une page maximum, idéalement moins. Si tu dois résumer ton roman en trois paragraphes et tu arrives à deux pages, c’est que tu n’as pas encore trouvé l’essentiel.
Les formules d’autopromotion. “Ce roman haletant”, “une histoire unique en son genre”, “vous ne pourrez pas le lâcher” — un éditeur lit des dizaines de lettres par semaine. Ces formules ne font qu’encombrer. Laisse le texte parler.
Parler de toi plus que de ton roman. La lettre d’intention n’est pas un exercice de présentation personnelle. L’éditeur veut savoir ce que tu as écrit, pas qui tu es. La bio vient en complément, elle ne prend pas le dessus.
La lettre générique envoyée à tout le monde. Si ta lettre peut être envoyée à n’importe quelle maison sans changer un mot, elle ne convaincra personne. Personnalise systématiquement.
Le ton trop familier ou trop servile. Ni copain-copain, ni courbettes excessives. Un ton professionnel, direct, légèrement chaleureux — comme si tu t’adressais à un interlocuteur que tu respectes et que tu ne connais pas encore.
Un mot sur la longueur et le format
En règle générale : une page, police classique, taille 12. Certaines maisons précisent leurs attentes dans leurs consignes de soumission — consulte-les toujours avant d’envoyer.
Si tu envoies par mail, la lettre peut figurer dans le corps du message plutôt qu’en pièce jointe. Là encore : lis les consignes spécifiques à chaque maison.
Avant d’envoyer : est-ce que ton manuscrit est vraiment terminé ?

Une belle lettre d’intention peut ouvrir une porte. Mais si le manuscrit derrière cette porte n’est pas à la hauteur, ça s’arrête là.
Un manuscrit terminé, c’est un manuscrit qui a traversé plusieurs phases de travail distinctes — et aucune ne peut en remplacer une autre.
La première, c’est la réécriture de fond : tu reprends ta structure, tu vérifies que chaque scène a une raison d’être, que tes personnages sont cohérents et évoluent, que le rythme du récit tient sur la durée. C’est souvent là que les auteurs découvrent qu’un chapitre entier est à supprimer, qu’un personnage secondaire manque d’épaisseur, ou qu’un retournement de situation n’est pas assez préparé. C’est un travail long, parfois inconfortable — et absolument indispensable.
La deuxième, c’est la réécriture de forme : le style, la fluidité, les répétitions, les lourdeurs, les dialogues qui sonnent faux. Cette étape ne sert à rien si tu ne l’as pas précédée de la réécriture de fond — pas la peine de polir une scène que tu vas supprimer.
La troisième, c’est la bêta-lecture : faire lire ton manuscrit par des lecteurs extérieurs avant de l’envoyer à un éditeur. Pas pour avoir des compliments, mais pour identifier ce que toi tu ne vois plus à force de relire ton propre texte. Un lecteur fraîchement arrivé sur ton roman va repérer les passages confus, les longueurs, les incohérences — autant de choses qu’un comité de lecture remarquera aussi, et qui peuvent coûter une acceptation.
Enfin, la correction orthographique et grammaticale : oui, à ce stade aussi. Un manuscrit truffé de coquilles envoie un signal très clair sur le sérieux de l’auteur.
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